Jour 1

Jour 1

Le début du cauchemar.

La journée commence normalement.

C. n’a pas dormi depuis jeudi soir, mais il vomit moins. Il a toujours mal au ventre et ne mange pas. Il doit aller chez le médecin à 13 heures 15. Je ne suis pas plus inquiète que cela, ou en tout cas je ne pense pas que quelque chose de grave est en train d’arriver. J’écris à C. en début d’après-midi pour savoir comment le rendez-vous s’est passé : le Dr. B. tentait de joindre des hôpitaux pour que C. ait une échographie au plus vite. Après un moment d’attente et plusieurs appels infructueux, le Dr. B. arrive à lui avoir une place dans une clinique, à quinze minutes à pied de chez nous.

Vers 15 heures, C. me dit qu’il est dans une chambre à la clinique, attendant son examen. Je ne comprends pas pourquoi il est dans une chambre si on doit juste lui faire une échographie. Je passe l’après-midi assez inquiète, à me demander ce qui arrive. Je pars plus tôt du travail et je cours presque jusqu’à la clinique. Je demande à l’accueil le service des échographies, on m’indique de descendre au sous-sol. Là, je donne le nom de mon mari : il est introuvable, je ne comprends pas. J’insiste, sans comprendre où il est. Il ne répond pas à mes appels, ni à mes messages. Dans la panique, je n’avais même pas pensé à lui demander le numéro de sa chambre. Il me répond enfin et je me précipite dans l’ascenseur, pour le quatrième étage.

Quand j’arrive dans sa chambre, C. me dit que le médecin vient de passer et qu’il « préfère le garder pour la nuit ». Je ne comprends toujours pas et l’inquiétude commence à monter. L’infirmière m’assure toutefois que tout va bien, que les symptômes sont rassurants et qu’on peut attendre le lendemain matin pour faire le scanner (nous sommes déjà passés d’échographie à scanner), mais que c’est plus prudent qu’il reste en observation. On me parle d’occlusion intestinale, de cinquante pourcent de risques d’opération, mais que si ça se trouve, ce n’est rien du tout, juste un pet coincé, une gastro, un début d’appendicite… Il ne faut pas s’affoler à ce moment mais je dois déjà prendre la mesure de ce qu’il se passe car je n’arrive pas à calmer mon inquiétude. 

Je fais un aller/retour à la maison pour rapporter des affaires à C. Je reste la soirée avec lui mais il est fatigué, énervé de ne pas comprendre ce qu’il se passe et moi, inquiète et frustrée de ne pas pouvoir le rassurer. Je pars vers 21 heures 30 de la clinique. Je passe quarante-cinq minutes au téléphone avec Papa et Maman, je n’arrête pas de pleurer. Papa me rassure comme il peut, que ce n’est sûrement pas grave. Il me liste différentes possibilités et conclut en disant « à moins que ce soit un cas exceptionnel et très rare comme on n’en voit que dans les magazines et séries, ce n’est sûrement pas grand chose ». 

Je dis à Maman « mais s’il a quelque chose de grave ? Si on lui trouve un cancer ? ». J’ai prononcé ce mot dès aujourd’hui sans savoir ce qu’il se passait, car je me suis dit que si je commençais à y penser, ça n’arriverait pas. Que si je m’inquiétais énormément, ce serait comme d’habitude, pour rien. Que si j’en parlais autour de moi, je dramatiserais la situation alors qu’il ne se passe rien. Une forme de superstition, pour me dire que si j’y pensais, ça ne pouvait pas arriver, alors que si j’étais trop confiante, j’allais me prendre une énorme claque. J’avais dit ça pour conjurer le mauvais sort. J’avais dit ça pour que ma mère me dise « mais non Anousha ne raconte pas de bêtises, ça n’a rien à voir, ça ne peut pas être ça ». Mais à la place je l’entends légèrement hésiter puis me répondre « hé bien si c’est ça, on verra à ce moment-là, on fera avec ». Je lui en ai presque voulu de me dire ça, sans comprendre qu’elle ne voulait simplement pas me mentir.

Je m’endors difficilement, horriblement seule, le ventre vide et les yeux gonflés.

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