Comment le cancer m’a transformée en «presque» reine zen

Comment le cancer m’a transformée en «presque» reine zen

Le cancer n’est pas un sujet que j’ai abordé rapidement publiquement. Au contraire, j’ai délibérément évité le sujet pendant un long moment. Et puis, fin mai 2020, j’ai eu envie de prendre la plume sur mon blog personnel. Un jour où j’étais d’humeur particulièrement positive, j’ai posé des mots sur un état d’esprit que j’avais découvert, depuis que le cancer avait décidé qu’il ferait partie de mon couple. Et aujourd’hui, je vous partage cet article : un rappel pour moi aussi de ce que le cancer m’a appris.

Avant que le cancer n’entre dans nos vies, je n’avais jamais ressenti de sentiments d’injustice et de solitude aussi forts. Ma vie privilégiée et chanceuse ne m’avait pas préparée à une telle épreuve. 

On m’a dit un tas de choses depuis ce jour d’octobre 2019 où nos vies sont passées dans une autre dimension. J’ai entendu que tout arrivait pour une raison, qu’un jour je tirerais du positif de tout ça, que j’en sortirais plus forte. Alors qu’on venait de nous annoncer le diagnostic, cela ne m’aidait absolument pas. Avec le recul, je ne crois toujours pas que tout arrive pour une raison. En revanche, je suis persuadée qu’on peut choisir la façon dont on vit une épreuve. Moi, j’ai choisi de prendre le problème à bras le corps, de foncer dedans. J’ai décidé de creuser au plus profond de mes angoisses pour les résoudre.

On m’a aussi dit que j’étais forte, que j’étais courageuse, que j’étais admirable. Mais tout le monde en serait capable, j’en suis persuadée. Le plus difficile est de le vouloir. Aujourd’hui je voudrais vous parler de ce qui m’a considérablement aidée ces derniers mois, de ce qui m’a sauvée, de ce qui m’a apporté ce répit tellement nécessaire depuis que le cancer a frappé à notre porte.

1. Commencer une thérapie

Les premiers mois, je me disais que j’allais m’en sortir toute seule. Qu’avoir ma famille et mes amies suffiraient. Qu’est-ce qu’une psy allait pouvoir me dire de plus que ce qu’on me dit déjà ? Je savais déjà tout !

Ça, c’était l’Anousha naïve de l’automne 2019. Plus les semaines passaient plus je me renfermais sur moi-même et plus j’ai compris que voir une psy était indispensable. J’ai commencé à la voir fin décembre et je ne l’ai vue qu’une fois par mois jusqu’en mars, moment où j’ai compris que c’était largement insuffisant. A présent je la vois deux fois par semaine et très clairement, sans elle, je serais encore bloquée très très très loin.

J’ai eu beaucoup de chance : déjà, ma thérapie est entièrement gratuite car elle fait partie des soins pour les patients atteints de cancer et leurs proches. Ensuite, ma psy m’a tout de suite correspondue. C’est la seule personne à qui je dis tout, absolument tout, même ce dont j’ai honte, même ce que je trouve stupide, même si j’ai l’impression de me répéter. Chaque séance est extrêmement difficile mais totalement libératrice.

Je pense que tout le monde bénéficierait d’une thérapie, quelle qu’elle soit (il existe de nombreuses formes, à vous de trouver celle qui vous convient). Il n’y a aucune honte à aller parler à un.e professionnel.le qui saura vous aider mieux que quiconque. Et si il.elle ne vous aide pas, c’est ce que ce n’est pas le.la bon.ne. Il n’y a pas non plus de honte à changer de thérapeute si le courant ne passe pas.

2. Ecrire

J’ai commencé un journal le troisième jour de toute cette « aventure ». Ecrire a toujours été facile pour moi, plus que ça, ça a toujours été un réflexe. Le troisième jour on ne savait globalement rien, j’ai donc commencé à écrire en me disant qu’il était possible que tout ça ne soit finalement pas grave. Intuition ou pas, 234 jours après on est toujours dedans et j’écris plusieurs fois par semaine dans mon journal.

Et je suis fière de moi. Fière de l’avoir commencé, que ce soit par besoin, envie, intuition. Fière de l’avoir continué avec assiduité mais jamais en me sentant forcée. Fière d’être toujours honnête.

Ce journal c’est mon refuge. C’est mon ami. Je pensais parfois que l’inconvénient de ce journal était qu’il ne me répondait pas mais il fait bien plus que ça. Il me renvoie un reflet de mon esprit, il concrétise mes pensées, il les ordonne, il les analyse. Il m’aide à avancer. Il me fait avancer. Il me voit évoluer. Ce journal c’est une partie de ma thérapie. C’est moi, mise à nue, avec tous mes défauts et toutes mes qualités. Tous mes jugements et tous mes a priori. Toutes mes réflexions et tous mes progrès. C’est mon expérience, sans aucune objectivité, mais avec le recul qui se construit jour après jour.

3. Faire du yoga

Cliché ? Peut-être, et peu importe. J’ai découvert le yoga pendant mon année aux Etats-Unis, je suivais des cours sur le campus plusieurs fois par semaine. J’avais absolument adoré cette expérience, j’avais l’impression d’avoir enfin trouvé le sport qui me correspondait. Et pourtant je ne réussissais jamais à m’y remettre toute seule, avec des vidéos, chez moi. J’ai essayé en vain pendant plusieurs années, jusqu’à ce que la meilleure collègue du monde (Laura j’espère que tu lis ça !) s’y mette : elle avait décidé d’apporter son tapis de yoga au bureau et d’en faire tous les midis. Inspirée par cette idée, je l’ai accompagnée. Et petit à petit, la routine du midi au bureau s’est transformée en besoin quotidien chez moi. J’avais trouvé mon rythme et surtout, trouvé mon échappatoire.

Le yoga m’a clairement sauvé la mise de nombreuses fois. Je ne suis pas du tout sportive, je ne suis pas du tout souple, je suis pas du tout musclée. Vous avez déjà vu un bout de bâton maigrichon faire du yoga ? C’est moi. Je ne peux pas toucher mes pieds, ma tête arrive très loin du tapis quand on doit se retrouver à l’envers, je ne sais pas faire de poirier ou de poses incroyables. Le yoga n’est pas une histoire de performance ou de compétition. Pour moi, c’est l’inverse. C’est se retrouver, voire se trouver. S’accepter, se comprendre, prendre du temps pour soi, que ce soit 10 minutes ou 1 heure, peu importe. Respirer. Juste être avec soi-même et rien ni personne d’autre.

Pendant la séance de yoga, je n’ai plus d’angoisses. Le cancer n’est jamais invité sur le tapis. Personne n’est invité. C’est juste moi, avec moi-même, mon corps, mon esprit, et c’est tout. Et c’est merveilleux.

4. Marcher

Bon ok pendant le confinement ce n’était pas la chose la plus facile à faire mais en période normale, marcher a toujours été une autre échappatoire, que je partage la plupart du temps avec C., mais pas que. Que l’on marche à deux ou que j’y aille seule, le bénéfice est toujours incroyable. Je mentirais si je disais que je ne pensais pas au cancer pendant que je marche. Mais quand je marche, je trouve toujours des solutions. Je me sens toujours plus positive, plus forte. Je ne suis jamais anxieuse quand je marche. Et quand je rentre, je me sens toujours mieux, plus prête à affronter les prochaines épreuves.

5. Ecouter des podcasts

Les podcasts, quelle magnifique invention ! C. en a toujours été fan et je ne m’y suis mise que cette année. Personnellement je n’arrive pas à les écouter chez moi, je dois aller marcher pour en écouter. L’émission qui fait partie de mon opération de sauvetage est la merveilleuse « Deliciously Ella » (Emma chérie, si tu lis ces lignes, je te serai éternellement reconnaissante de m’avoir conseillé ce podcast qui me sauve la vie, n’ayons pas peur des mots).

Pourquoi un podcast a un tel effet positif sur ma vie ? Chaque épisode est un concentré de bienveillance, de réconfort, d’amour, de paroles sages, qui ont systématiquement un écho incroyable pour moi. Quand j’écoute Ella et ses invité.es, je me sens capable de tout. Je me sens forte et inspirée. Elle me redonne de l’espoir, elle me procure une joie immense. J’écris d’ailleurs cet article après avoir écouté ‘’Creating a More Mindful Life’’.

Parfois il suffit simplement de quelques mots pour retrouver espoir et optimisme. Je sais que chaque fois que j’écouterai Ella, je serai en lieu sûr.

6. Faire des câlins

Ok ok je sais, encore un mauvais conseil en temps de pandémie ! Si vous ne vivez pas seul.e (vivre avec un animal poilu compte ! je n’accepte en revanche aucune responsabilité si vous essayez avec votre poisson rouge) vous pourrez suivre ce conseil facilement. C. a toujours été persuadé des vertus des câlins et après avoir essayé vous ne pourrez pas ne pas être d’accord.

A chaque fois qu’il sent que je suis énervée, déprimée, frustrée, hop, il vient me faire un câlin. 30 secondes debout à s’enlacer suffisent à remonter votre moral, c’est testé et prouvé. Renouvelez à chaque fois que c’est nécessaire. Mon niveau d’anxiété et de stress descend instantanément. Une fois que je suis dans ses bras, mon corps se relâche, mes angoisses s’atténuent, mes batteries se rechargent.

7. Pleurer

Pleurez tout votre soûl ! J’ai sûrement rempli des baignoires de larmes depuis octobre. Mais chaque fois que des litres ont coulé, je me sens mieux. Tout retenir ne sert absolument à rien. Pas la peine de se forcer mais si vous avez envie de pleurer : pleurez ! Même si vous avez déjà pleuré trois fois dans la journée. Ou même si vous n’avez pas pleuré depuis des années. Pleurez seul.e, pleurez devant des ami.es, pleurez devant votre famille, pleurez devant votre psy. Relâcher ses émotions quand elles ont besoin d’être relâchées n’est pas un signe de faiblesse ou de perte de contrôle. A l’inverse, ne pas pleurer ne veut pas dire que vous allez toujours bien. Je suis une grosse pleureuse, C. non. Ça ne veut rien dire sur qui gère mieux que l’autre. Pleurer est ma façon d’évacuer, ma façon d’aller mieux. Il en a d’autres, ça ne signifie pas qu’elles sont meilleures ou moins bien.

8. Arrêter les to-do lists et autres bucket lists

Autrement dit : faire ce que je veux, quand je veux, parce que je le veux. Etant la reine du stress, de l’organisation à outrance, du contrôle excessif de ma vie, des plans sur la comète, de la culpabilité pour tout et n’importe quoi, décider de lâcher prise prend du temps et de l’énergie !

Depuis que j’ai arrêté de dresser des listes de choses à faire, je me sens complètement libérée. Je n’ai plus cette pression de contrôle permanent que je me mets moi-même sans raison. Evidemment, certaines choses ne peuvent pas attendre (payer ses impôts, faire des courses, des trucs relous et indispensables). Mais tout le reste ? Je décide sur le moment ce qui me fait envie, au lieu de me forcer simplement parce que je me suis imposée de le faire. J’accepte de changer d’avis, de ne jamais m’obliger à faire quelque chose. Je me fixe des tous petits objectifs sans limite de temps. Par exemple, j’avais envie de faire une tarte au citron : je ne l’ai faite que la semaine dernière, après des semaines à me dire « tiens si j’en faisais une ? ». Et j’étais tellement satisfaite !

C’est très simple et ça change totalement mon rapport au temps et à la fameuse productivité omniprésente dans notre société, ce qui m’amène à mon dernier point…

9. (S’)Accepter et être bienveillant.e

Tout un programme ! Je pense que chacun.e a sa propre interprétation de l’acceptation et de la bienveillance, selon ses expériences personnelles.

Ces derniers mois, ce qui a été important pour moi, c’est de me dire que tout était OK. Tout était normal. Tout était bienvenu. Car SPOILER ALERT je suis loin d’être infaillible.

Il y a des jours, ou simplement des moments de la journée, où ça ne va pas. Où rien ne va. Où j’ai peur de tout. Que le cancer revienne. Que la chimio ne fonctionne pas. Que la prochaine opération tourne mal. Qu’on ne puisse jamais être parents. Que je ne trouve jamais ma place. Que je ne réalise jamais mes rêves. Des moments où le monde entier m’énerve. Où je me sens complètement seule, incomprise, désemparée, désespérée. Où le temps semble infini, où je ne vois plus aucune lumière, nulle part. Où j’ai l’impression que les obstacles se dressent les uns après les autres, que ce ne sera jamais, jamais terminé. Où la culpabilité me dévore. Où aucun mot ne peut me réconforter.

Il y a des jours où je n’ai envie de rien. Où je ne fais pas de yoga, où je ne vais pas marcher, où je passe plus de temps que d’habitude au lit, où je traîne sur mon téléphone, où je ne fais rien, où je ne cuisine pas, où je n’arrive pas à écrire, où je travaille peu. Des jours tout pourris, des jours tout gris même s’il fait beau, des jours qui, j’ai l’impression, ne servent à rien.

Et parfois dans ces moments-là, même si j’écris, même si je fais du yoga, même si je fais un câlin, même si je vais marcher, même si j’écoute un podcast, même si je pleure, même si j’essaie de faire ce que je veux, rien n’y fait. Trouver du positif dans ces moments est impossible.

Mais c’est OK. Ces moments-là, aussi sombres soient-ils, font partie du processus. Ce ne sont pas des moments perdus. Ce ne sont pas des moments inutiles. J’ai mis du temps à les accepter, et je ne les accepte pas toujours. J’essaie comme je peux de les accueillir quand ils arrivent, de leur laisser la place nécessaire. Je sais qu’ils ne dureront pas, tout comme je sais qu’ils reviendront. Mais essayer de les combattre en vain est finalement pire. Accepter d’aller mal est la première étape pour aller mieux. Accepter que la guérison est longue, que le processus est difficile, est encore une autre étape.

Ne commencez donc pas à voir en moi une grande prêtresse de la zénitude et du lâcher prise (oui le titre de l’article était une petite blague). Je suis juste un être humain avec une quantité folle de défauts, qui essaie de son mieux de se sortir d’une sacrée épreuve de vie. Et qui parfois, se dit que partager, c’est peut-être aider quelqu’un, quelque part.

Cet article, c’est juste 9 conseils que l’expérience du cancer m’a appris. C’est juste ma propre expérience. C’est juste ma tentative de partager des choses qui m’ont aidée pendant une épreuve difficile. Il y en a d’autres et je pourrais continuer pendant des pages et des pages ! J’adorerais connaître vos propres façons de lâcher prise, de vous accepter, et si vous vous reconnaissez dans celles dont j’ai parlé.

Prenez bien soin de vous, peu importe ce que cela vous évoque 🙂

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