La fin de la chimio

La fin de la chimio

Quand la fin de la chimio est arrivée il y a un an, en juin 2020, tout le monde nous a dit « Génial ! C’est terminé ! Vous devez être ravis ! » En toute honnêteté : non, nous n’étions pas ravis. Car non, ce n’était pas terminé.

Jour 254

Aujourd’hui, dernière cure de chimio. Six mois et six jours que la première cure a eu lieu. Ce 10 décembre 2019 me paraît maintenant à des années lumières. Tout semblait facile lors de cette première fois : on était agréablement surpris de la facilité avec laquelle tout se passait. On était si positifs pour la suite ! Je souris en pensant à notre naïveté. A-t-on sincèrement cru que ce serait facile ? Ou bien essayions-nous simplement d’y croire, d’être optimistes, positifs ? Aujourd’hui, plutôt que de me réjouir de la fin du traitement, je me sens simplement à bout de tout. Je n’ai qu’une envie, c’est m’effondrer dans les bras de mes parents et les laisser me chouchouter, me bercer, me dire que tout va aller mieux maintenant. Je veux retourner en enfance, qu’on s’occupe de moi, que je n’aie plus rien à penser. Je veux me plonger dans le cocon familial, et ne pas en sortir tant que je ne suis pas prête.

J’ai écrit ces mots à la fin de la chimio. Un an après, je me rappelle avec exactitude que je ne comprenais pas bien ce que je ressentais.

A la fin de la chimio, on nous disait qu’on devait être satisfaits, heureux, soulagés. Qu’on allait passer un super été, que C. allait être en forme pour les vacances ! Que c’était vraiment trop bien. Et après ça, les discussions à ce sujet se sont de plus en plus espacées, jusqu’à disparaître. On demandait de moins en moins de nouvelles de C., et encore moins des miennes. C’était fini après tout, donc pourquoi nous en parler ?

La fin de la chimio, c’était en réalité juste la fin d’un traitement. Un traitement lourd et fatigant, qu’on était en effet contents de terminer. Qu’on était fiers, même, d’avoir achevé : on avait tenu le coup ! On avait passé une nouvelle étape. Parmi tant d’autres, pas forcément visibles pour les autres.

A la fin de la chimio, on était tous les deux à bout moralement et physiquement. On a mis plusieurs mois à se rendre compte que les cures étaient derrière nous et à ressentir du soulagement. Certains effets secondaires s’estompaient très doucement, par exemple la sensibilité dans les doigts, les taches sur la peau. Il nous a fallu beaucoup de temps pour récupérer de la fatigue qu’on avait accumulée depuis le début de tout ça (soit depuis huit mois à ce moment).

La fin de la chimio, c’était aussi le début d’une période compliquée. Une période de doutes, de questionnements, de peurs. Pendant la chimio, nous vivions comme dans une bulle, hors du temps et de l’espace. Les semaines étaient rythmées par les prises de sang, les résultats, les coups de fil à l’oncologue, les cures à la clinique, les soins à domicile par les infirmières, les effets secondaires, l’angoisse d’un report d’une cure, la peur que quelque chose se passe mal. Mais nous étions toujours accompagnés. Les médecins étaient en contact avec nous. L’entourage pensait à nous, nous envoyait des petits messages, savait qu’on était en train de vivre des mois difficiles. Après ça ? Après ça, on s’est retrouvés complètement seuls. On a dû apprendre à re-vivre. Et on ne savait pas forcément comment.

Car la fin de la chimio n’a pas marqué la fin des traumatismes.

Alors à la fin de la chimio, j’avais encore plus de mal à accepter mes émotions. Pourquoi j’étais toujours mal ? Pourquoi j’avais toujours besoin de mes antidépresseurs ? Pourquoi je n’arrivais pas à me réjouir ? Je ne me rappelle pas en avoir beaucoup parlé autour de moi. Probablement car j’avais intégré ce qu’on me répétait : il fallait être contente que la chimio soit finie, et voilà.

Un an après la fin de la chimio, je ne sais pas quel bilan faire. Je n’avais pas imaginé à quoi ressemblerait la vie après le cancer et je ne suis pas bien sûre de comment je la décrirais. Mais aujourd’hui, tout a changé dans nos vies et nous sommes sur le point de prendre un nouveau départ, que nous n’aurions probablement pas envisagé avant le cancer. Une chose est sûre : je ne me dis plus que je veux retrouver « ma vie d’avant ». Simplement que je veux apprendre à profiter de ma vie d’après.

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