Antidépresseurs : de « je n’en prendrai jamais » à « heureusement qu’ils étaient là »

Antidépresseurs : de « je n’en prendrai jamais » à « heureusement qu’ils étaient là »

Si on m’avait dit qu’un jour, j’écrirais un article sur les antidépresseurs, je n’y aurais pas cru. Et pourtant, aujourd’hui, c’est une nécessité pour moi : vous donner mon avis, vous livrer mon expérience, pour peut-être aider quelqu’un qui serait dans la même situation que moi. 

Tout début mars 2020, je vais très mal mais je ne le sais pas encore. Un tiers de la chimio est passé, chaque nuit depuis quatre mois est synonyme d’insomnie. Je n’ai jamais été aussi épuisée de ma vie. Alors je décide d’aller voir mon médecin et de lui demander un arrêt : une petite semaine, le temps de dormir un peu, et ça devrait aller. Il me pose quelques questions, on discute de comment je vais. Première surprise : il m’arrête deux semaines. Deuxième surprise : il me prescrit des anxiolytiques (de l’Alprazolam) et des antidépresseurs (de la Paroxétine). Je suis contre et je le lui dis. Il me répond « Madame, vous êtes comme dans une piscine : vous êtes au fond de la piscine, parfois vous arrivez à remonter et à sortir de la piscine, mais vous retombez toujours. Sans ce traitement, vous finirez par ne plus réussir à remonter. » Il me dit de prendre un demi comprimé d’antidépresseur chaque jour pendant dix jours, et il me redonne un rendez-vous au bout de ces dix jours pour faire le point. 

Je sors de son cabinet déterminée à ne pas suivre le traitement. J’appelle ma mère pour lui raconter le rendez-vous et dès qu’elle décroche, je fonds en larmes (bon, c’est l’époque où je fonds en larmes au moins une fois par jour). Je ne veux pas prendre de médicaments. Je suis totalement contre, je trouve que notre société est sur-médicamentée, qu’on se bourre de médicaments pour tout et n’importe quoi. Moi, je vais m’en sortir sans, j’ai juste besoin de dormir. Et puis, deux semaines d’arrêt, c’est exagéré : qu’est-ce que je vais faire pendant deux semaines chez moi ? 

Deux jours après, ma mère venait justement me rendre visite. Je m’étais mis en tête que pendant son séjour, tout irait mieux. Grâce à elle, j’aurais de nouveau le moral, je serais moins angoissée, je dormirais à nouveau et je repartirais sur de bonnes bases. Je n’aurais même pas besoin des médicaments. 

Vous l’aurez deviné : ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Malgré la présence de ma mère et la bouffée d’air frais qu’elle m’apportait, je ne trouvais toujours pas le sommeil, je pleurais encore beaucoup, et je continuais à m’enfoncer. La veille de son départ, après une nuit encore pire que d’habitude, je craque complètement. Ma Maman me prend dans ses bras et me dit, doucement « peut-être qu’il faudrait que tu l’essaies, ce traitement ».

Je l’ai pris. Pendant un an.

Mon médecin m’avait dit « ce traitement vous aidera à vous reposer et à prendre du recul ». Une amie à qui j’avais demandé conseil, qui avait eu recours à des antidépresseurs une fois dans sa vie, m’avait dit la même chose. Il m’a fallu être réellement prête à arrêter le traitement pour comprendre ce qu’il m’avait apporté. 

Je pensais que je n’avais pas besoin de médicaments car je n’allais « pas si mal que ça ». Pour moi, les antidépresseurs étaient réservés aux cas très graves, aux personnes qui ne supportaient plus de vivre, à toutes celles et tous ceux qui ne pouvaient plus voir aucune issue. 

Je craignais aussi que les antidépresseurs ne soient qu’un gros pansement sur une plaie béante. Que j’allais oublier la douleur, que les angoisses allaient disparaître, mais que je ne résoudrais rien. Que c’était une solution de facilité : pour éviter d’aller mal, on prend un comprimé, et on n’en parle plus. 

Les anxiolytiques et les antidépresseurs m’ont finalement permis de retrouver le sommeil petit à petit, et d’enfin me reposer. J’ai pu me rétablir physiquement, ce qui m’a aidée à me reconstruire mentalement. En n’étant plus à bout de forces chaque jour, j’ai pu réellement entamer un énorme travail d’introspection et mettre ma thérapie à profit. Cette période a coïncidé avec le premier confinement du printemps 2020. Quand beaucoup ont très mal vécu le confinement, pour ma part, ce temps libre forcé m’a permis de me soigner et de prendre soin de moi.

La guérison n’a cependant pas été simple ni rapide. J’ai dit trois fois à mon médecin « c’est bon, je pense pouvoir arrêter ». Trois fois il m’a répondu « non, c’est trop tôt ». J’avais fini par accepter de suivre ses recommandations et laisser mon entêtement de côté. Heureusement.

Avant d’atteindre un réel état de sérénité sur le long terme, je suis passée par différentes périodes. Parfois même, différentes périodes en une seule journée. J’ai beaucoup trébuché, j’ai cru me noyer plusieurs fois, j’ai fait du sur place,  je me suis laissée couler. Mais surtout, j’ai appris à nager, et non pas à simplement flotter.

Les antidépresseurs ne m’ont pas apporté de solution. Ils m’ont aidée à avoir assez d’énergie et de ressources pour trouver ces solutions. Ils m’ont maintenue à la surface de l’eau le temps que j’arrive à atteindre l’autre côté. 

Avec les antidépresseurs seuls, je ne serais pas arrivée de l’autre côté. Il m’a fallu mobiliser tout le courage que je ne pensais même pas avoir, accepter de l’aide et même parfois en demander, admettre que j’allais mal. Ce qui m’a sauvée, en plus du traitement ? Tout ce dont je vous parlais déjà il y a quelques mois. Voir ma psy deux fois par semaine en visio, écrire, pleurer, les câlins de Ciaran, marcher, faire du yoga, écouter des podcasts. Mais aussi tout ce qui constitue le quotidien et qui permet de tenir, jour après jour. Cuisiner, manger, rire, lire, regarder des séries, travailler (!!! Hé oui). Et ai-je besoin de le mentionner : être aimée et soutenue. 

Mais sans les antidépresseurs, je ne serais peut-être pas non plus arrivée de l’autre côté, ou bien, avec encore plus de difficultés. Le fond de la piscine dont mon médecin me parlait, il aurait été facile d’y rester. La solution de facilité, au final, dans mon cas, c’était ne pas accepter d’aide, quelle qu’elle soit. C’était baisser les bras et sombrer. 

Aujourd’hui, mon avis sur les antidépresseurs a changé. Je ne suis toujours pas pour. Mais je ne suis plus contre. Dans certaines situations, pour certaines personnes, je pense que les antidépresseurs peuvent apporter une aide indispensable. Mais c’est seulement avec un suivi médical, un suivi psy, un bon entourage, une énorme dose de patience et une encore plus grosse dose de courage, qu’ils vont réellement être efficaces. 

J’ai finalement réussi à totalement arrêter les antidépresseurs au bout d’exactement un an, non sans difficulté. Mais ça, j’en parlerai dans un autre article. Un petit teaser : mon sevrage s’approche de ma définition de l’enfer. Ah, ça donne envie, hein ? 

Les antidépresseurs sont loin de faire l’unanimité, alors je serais ravie de lire vos avis, vos témoignages, et tout ce que vous aurez envie de me partager !

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